Pays de près de 223 millions d’habitants1, le Nigéria reste à ce jour le principal producteur de pétrole brut en Afrique subsaharienne.
Avec 1,5 million de barils d’or noir produits par jour2, le Nigéria, membre de l’OPEP3 est un poids lourd de l’industrie pétrolière au niveau mondial.
Depuis sa montée en puissance dans les années 60, le secteur pétrolier a toujours eu une place à part dans l’économie nigérienne avec des codes qui lui sont propres.
Ce sont d’ailleurs des compagnies étrangères qui sont intervenues dès les premiers jours de l’industrie dans la prospection, l’exploitation et le développement de l’industrie pétrolière à des fins d’exportation4.
Cette mise en place complexe s’est faite dans le cadre d’un accord avec les élites locales au détriment des populations civiles dont le rôle fut au mieux de participer en tant que main-d’œuvre semi-qualifiée ou qualifiée5.
La configuration originelle de ce secteur de l’économie du Nigéria a généré dès ses prémices, un déficit de la balance commerciale pétrolière, au centre duquel se trouve le paradoxe d’un Nigéria grand producteur, mais “petit raffineur”.
Une approche coûts-bénéfices montre qu’il s’avère beaucoup moins cher d’importer du pétrole raffiné de l’étranger pour sa consommation locale, en particulier du pétrole provenant de pays possédant une expertise dans l’exploitation de cette matière première.
La durabilité de ce mode de fonctionnement fortement dépendant d’acteurs étrangers à la fois pour l’exploitation locale du pétrole brut que pour l’importation de produits pétroliers raffinés pose donc question.
C’est dans ce contexte que l’industriel du ciment Aliko Dangote à lancer le projet d’une raffinerie nigériane qui transformerait le pétrole brut en produits raffinés au Nigeria6.
Ce projet, évalué au départ à 9 milliards de dollars, est arrivé à son terme en 2024 avec un montant total de 19 milliards de dollars dépensés7.
L’objectif annoncé de cette entreprise titanesque est donc de sortir progressivement de la dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés.
Dans un premier temps, l’achat de pétrole brut raffiné se ferait, à la manière des compagnies publiques du pays, auprès de fournisseurs étrangers.
Puis, progressivement, la raffinerie s’approvisionnerait directement auprès de producteurs locaux.
Ce projet part du constat des pénuries d’essence récurrentes que subissent les populations nigérianes au quotidien.
Il vise, sur le long terme, à pallier une situation qui fragilise la première économie du continent8.
Auparavant dans les années 1990, le gouvernement nigérian à adopté une stratégie de développement du marché pétrolier local se concentrant sur la diversification des acteurs pour permettre à de nouvelles entreprises nigérianes de venir contester les parts de marché des grandes compagnies pétrolières mondiales9.
Cette politique de “local content” a eu pour but de faciliter la participation de la bourgeoisie locale à l’une des activités économiques les plus lucratives du pays.
Entre les années 1900 et 1950, durant l’occupation coloniale britannique et particulièrement dans les années qui s’en sont suivi, les grandes entreprises pétrolières ayant investi des sommes considérables dans la prospection du pétrole au Nigeria ont noué des accords avec les élites locales10.
C’est pourquoi, dès sa genèse l’industrie fut principalement tournée vers des intérêts étrangers au détriment de la majorité des nigérians et nigériannes.
L’ouverture du marché à des acteurs locaux n’a pas fondamentalement modifié la structure initiale de cette industrie fonctionnant comme un corps à part au sein de l’économie nigériane.
La diversification des acteurs perpétuant les mécanismes d’accaparement de la rente pétrolière a même renforcé un système dont les populations les plus vulnérables paient le prix11.
Le projet de raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote s’inscrit donc dans ce contexte de nécessité d’indépendance énergétique et économique pour le Nigéria.
Avec ses 650 000 barils par jour potentiellement raffinés, ce projet s’installe donc au centre du jeu économico-politique nigérian et pourrait permettre aux pays de se positionner en source d’approvisionnement majeur aux niveaux régionaux et internationaux.
- ‘World Bank Open Data’, World Bank Open Data, accessed 22 October 2024, https://data.worldbank.org. ↩︎
- http://‘International – U.S. Energy Information Administration (EIA)’, accessed 22 October 2024, https://www.eia.gov/international/data/world/petroleum-and-other-liquids/annual-petroleum-and-other-liquids-production? ↩︎
- Organisation des pays exportateurs de pétrole ↩︎
- Phia Steyn, ‘Oil Exploration in Colonial Nigeria, c. 1903–58’, The Journal of Imperial and Commonwealth History 37, no. 2 (1 June 2009): 249–74, https://doi.org/10.1080/03086530903010376. ↩︎
- Steyn ↩︎
- ‘Raffinerie de Dangote au Nigeria : ce qu’il faut savoir de ce projet hors normes – Jeune Afrique.com’, JeuneAfrique.com, accessed 22 October 2024, https://www.jeuneafrique.com/1527619/economie-entreprises/raffinerie-de-dangote-au-nigeria-ce-quil-faut-savoir-de-ce-projet-hors-normes/. ↩︎
- ‘Au Nigeria, Le Groupe Du Milliardaire Aliko Dangote Inaugure Une Mégaraffinerie’, accessed 22 October 2024, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2023/05/23/au-nigeria-le-groupe-du-milliardaire-aliko-dangote-inaugure-une-mega-raffinerie_6174487_3212.html. ↩︎
- ‘Pénurie d’essence au Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique’, 16 February 2022, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/02/16/penurie-d-essence-au-nigeria-premier-producteur-de-petrole-d-afrique_6113901_3212.html. ↩︎
- Jesse Salah Ovadia, ‘Local Content and Natural Resource Governance: The Cases of Angola and Nigeria’, The Extractive Industries and Society 1, no. 2 (2014): 137–46. ↩︎
- Steyn ↩︎
- https://www.climatejusticecentral.org/fr/posts/impact-of-oil-gas-production-on-the-niger-delta ↩︎

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