Fruit d’une longue histoire, les relations entre la première puissance mondiale américaine et la République populaire de Chine ont subi de grands changements depuis le rapprochement de la fin des années 70 jusqu’à la dégradation significative d’aujourd’hui1.
Se positionnant comme l’usine du monde en assurant la production industrielle de secteurs aussi vastes que l’automobile, le prêt-à-porter ou l’électronique, la Chine a, sur plusieurs décennies, accumulé un excédent commercial considérable sur les États-Unis mais aussi sur la majorité de ses partenaires commerciaux dans le monde.
Cette position avantageuse durable lui a permis de consolider sa place dans l’écosystème économique mondial et de nouer des alliances politiques à l’échelle planétaire.
Avec son entrée au sein de l’organisation mondiale du commerce, la Chine a vu sa croissance s’accélérer davantage tout comme sa pénétration des marchés internationaux et des chaînes de valeur mondiales2.
Par l’acquisition de parts de marché considérables dans plusieurs pays du Nord et du Sud global, la Chine a pu sécuriser des approvisionnements en matières premières indispensables pour son économie tout en maintenant des potentiels débouchés pour sa production manufacturière considérable.
C’est dans ce contexte et après près de 3 décennies de croissance ininterrompue que le nouveau président chinois Xi Jinping a lancé l’initiative des nouvelles routes de la soie, couronnant ainsi l’affirmation de la puissance chinoise au niveau mondial autant au niveau économique que politique3.
Auparavant, l’arrivée au pouvoir du président Barack Obama avait représenté un changement majeur dans la politique internationale des États-Unis vis-à-vis de la Chine marquée notamment par le grand tournant à l’est de la première puissance mondiale4.
Mais, c’est sous le mandat du président Donald Trump, que la rivalité systémique avec le géant chinois va se cristalliser, se matérialisant par la mise en place de tarifs douaniers, outil d’une guerre commerciale sans merci5.
L’arrivée au pouvoir de Joe Biden n’a rien changé à cette donne puisque les 2 plus grandes économies mondiales n’ont cessé de s’affronter à distance sur tous les plans6.
La pandémie de COVID-19 a d’ailleurs exacerbé les tensions géopolitique et mis en lumière le difficile choix entre protectionnisme et ouverture sur le monde aux États-Unis en Chine mais aussi dans d’autres pays.
Dans ce contexte, le retour au pouvoir de Donald Trump représente un défi de taille majeur pour l’économie mondiale, particulièrement dans la perspective d’une augmentation massive des tarifs douaniers sur les produits venant de Chine, des pays européens et du reste du monde7.
Mais la situation est-elle si simple ?
En dépit des changements profonds ayant eu lieu quant au poids des pays émergents dans l’économie mondiale, il peut paraître un peu hâtif d’avancer l’idée que la Chine souhaiterait un affrontement direct avec les États-Unis d’Amérique pour contester dès à présent son hégémonie mondiale.
Bien qu’ayant rattrapé significativement les États-Unis voire même dépassés dans certains secteurs technologiques clé, la Chine a encore un PIB par habitant grandement inférieur à celui du géant américain et commence à peine à rivaliser militairement avec la puissance américaine8.
De plus l’approche chinoise vise en parallèle d’une participation accrue au système économique mondial actuel à proposer une alternative pour les pays souhaitant remettre en cause l’ordre mondial9.
Ce double positionnement pose la question de savoir si une situation de compétition avec les États-Unis sans affrontement direct se révèle pérenne pour la Chine ou si au vu des événements récents et de la multiplication des conflits que ce soit en Ukraine ou au Moyen-Orient, la Chine souhaite accélérer la confrontation avec les États-Unis.
Les grilles de lecture mettant en avant la puissance américaine comme uniquement porteur d’un libéralisme anti-étatique face à un état chinois porteur d’un capitalisme autoritaire semble grandement limitées pour analyser la rivalité systémique actuelle entre les 2 premières puissances mondiales101112.
En effet ce n’est pas seulement comme au temps de la guerre froide un affrontement idéologique entre deux visions du monde et une affiliation totale des états à un camp ou à un autre13.
Il s’agit ici plutôt d’une lutte sur le contrôle d’infrastructures stratégique de télécommunication intervenant à plusieurs niveaux de l’économie et dépassant les simples structures étatiques14.
En s’appuyant sur les mastodontes technologiques nationaux15, les deux États que sont les États-Unis et la Chine avancent leurs pions géopolitiques au niveau mondial en augmentant leurs zones d’influence économiques et politiques, forçant ainsi les États au cœur de cette lutte à prêter allégeance à l’un des deux géants ou aux deux simultanément.
C’est d’ailleurs cet aspect de cette nouvelle guerre froide qui la différencie de la précédente car les pays au cœur de cette bataille d’influence peuvent dans certains cas ne pas prendre position et maintenir des relations économiques et politiques avec les 2 grandes puissances faisant écho à une forme de nouveau mouvement des non-alignés.
Mais cette situation d’entre-deux peut sembler fragile au vu de l’instabilité géopolitique mondiale.
En plus de la Chine et des États-Unis d’autres acteurs économiques, politiques et militaires occupent une place de premier plan participant ainsi à la multiplication des conflits dans le monde.
C’est cette incertitude quant à la création d’un monde bipolarisé entre deux camps, dont la Chine et les États-Unis seraient les porte-étendards, qui pose question quant à la possibilité d’une transformation de cette nouvelle guerre froide en ancienne guerre froide.
Plus la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis s’accentue, plus les nécessaires allégeances explicites des autres pays à l’un des deux géants se font pressantes donnant ainsi lieu à une confrontation claire entre deux camps.
- Seth Schindler et al., ‘The Second Cold War: US-China Competition for Centrality in Infrastructure, Digital, Production, and Finance Networks’, Geopolitics 29, no. 4 (7 August 2024): 1083–1120, ↩︎
- ‘Commerce : la vertigineuse ascension de la Chine, vingt ans après son entrée à l’OMC’, Les Echos, 9 December 2021, ↩︎
- ‘L’économie des nouvelles routes de la soie: Opportunités et risques liés aux corridors de transport’, World Bank, accessed 9 November 2024, ↩︎
- ‘Quel bilan pour le “pivot” asiatique de Barack Obama ?’, IRIS, accessed 9 November 2024, https://www.iris-france.org/82973-quel-bilan-pour-le-pivot-asiatique-de-barack-obama/. ↩︎
- ‘La Guerre Commerciale Sino-Américaine : Quel Bilan à l’issue de La Présidence Trump ? | Ifri’, accessed 9 November 2024, ↩︎
- ‘Joe Biden prêt à durcir encore les droits de douane sur des produits clés chinois’, Les Echos, 11 May 2024, ↩︎
- ‘Moins de taxes, plus de droits de douanes : la recette économique du futur président Trump’, Europe 1, 6 November 2024, ↩︎
- ‘« La Chine deviendra-t-elle vraiment la première puissance économique mondiale ? »’, 19 March 2024, ↩︎
- Joshua Shifrinson, ‘Should the United States Fear China’s Rise?’, The Washington Quarterly 41, no. 4 (2 October 2018): 65–83, ↩︎
- Naná Graaff and Bastiaan Apeldoorn, ‘US-China Relations and the Liberal World Order: Contending Elites, Colliding Visions?’, International Affairs 94 (1 January 2018): 113–31, ↩︎
- Jiwu Yin, ‘The Cold War Analogy’s Misrepresentation of the Essence of US–China Strategic Competition’, China International Strategy Review 2, no. 2 (1 December 2020): 257–69, ↩︎
- Anton Malkin, ‘The Made in China Challenge to US Structural Power: Industrial Policy, Intellectual Property and Multinational Corporations’, Review of International Political Economy 29, no. 2 (4 March 2022): 538–70, ↩︎
- Yin, ‘The Cold War Analogy’s Misrepresentation of the Essence of US–China Strategic Competition’. ↩︎
- Seth Schindler et al., ‘The Second Cold War: US-China Competition for Centrality in Infrastructure, Digital, Production, and Finance Networks’, Geopolitics 29, no. 4 (7 August 2024): 1083–1120, ↩︎
- Steven Rolf and Seth Schindler, ‘The US–China Rivalry and the Emergence of State Platform Capitalism’, Environment and Planning A: Economy and Space 55 (11 January 2023): 0308518X2211465, ↩︎

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